Face à la persistance des violences basées sur le genre (VBG) à Madagascar, le projet MANONGA entend renforcer la prévention, la protection et la prise en charge des survivantes et survivants dans quatre régions prioritaires : Diana, Atsimo-Atsinanana, Haute Matsiatra et Vakinankaratra.
Les chiffres témoignent de l’ampleur du défi. Dans la région Vakinankaratra, 59 % des femmes déclarent avoir été victimes de violences conjugales. À Atsimo-Atsinanana, plus d’une femme sur deux a été mariée avant l’âge de 18 ans. Au niveau national, la proportion de femmes mariées avant 18 ans est passée de 40 % en 2018 à 42 % en 2025, selon les données issues des enquêtes EDS 2021 et MICS 2025 (INSTAT/UNICEF).
C’est dans ce contexte que le projet MANONGA (Mécanisme d’Appui aux Organisations pour la Non-violence et la Garantie des droits) a été officiellement présenté le 29 juillet à Ankorondrano. L’initiative vise à permettre aux femmes, aux hommes, aux filles et aux garçons de vivre dans un environnement exempt de violences sexistes et de discriminations.
« Une femme sur cinq est victime de violences psychologiques et physiques », a déclaré Fanomezantsoa Mirana, directrice d’association humanitaire CARE à Madagascar, lors de la présentation du projet.
Selon elle, les violences basées sur le genre se manifestent sous plusieurs formes : discrimination dans l’accès à l’éducation, mariages précoces, violences sexuelles ou encore violences subies dans le silence au sein des foyers. « Les violences basées sur le genre touchent de nombreuses régions et prennent différentes formes. Elles constituent un obstacle majeur à l’épanouissement des femmes et des filles », a-t-elle indiqué.
Trois axes pour un changement durable
Pour répondre à cette problématique, MANONGA s’appuie sur trois leviers principaux. Le premier consiste à renforcer les capacités de la société civile afin que les organisations locales disposent de meilleurs outils pour défendre les droits des femmes et accompagner les communautés.
Le deuxième axe porte sur la prévention et la protection, avec l’objectif de rendre les services d’écoute, d’orientation et de prise en charge plus accessibles et de meilleure qualité pour les survivantes et survivants.
Le troisième vise à transformer les normes sociales, en impliquant les communautés dans la promotion de l’égalité des droits et la prévention des violences.
Au-delà de la lutte contre les VBG, le projet ambitionne également de promouvoir le leadership des femmes et leur autonomisation économique, afin de renforcer leur participation aux décisions qui concernent leur avenir et celui de leurs communautés.
Une mobilisation multisectorielle
Piloté par le Ministère de la Population et de la Solidarité (MPS), MANONGA est mis en œuvre par un consortium dirigé par CARE International Madagascar, en partenariat avec Médecins du Monde, Capacity-building for Communities (CFORC) et Women Lead Movement.
Financé par l’Union européenne, le projet s’inscrit dans une démarche de valorisation du capital humain, intellectuel et économique du pays.
Roberto Schiliro, chef de coopération de l’Union européenne, affirme que l’égalité entre les femmes et les hommes représente un enjeu majeur de développement. « Le soutien de 50 % de sa société, composée de femmes, peut permettre de mettre en valeur tout son potentiel humain, intellectuel et économique », a-t-il souligné.
De son côté, Frédéric Garcel, coordinateur général de Médecins du Monde France à Madagascar, a précisé l’engagement de son organisation dans le projet. « Nous intervenons sur la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre, notamment à travers l’identification des victimes et leur prise en charge médicale et psychosociale », a-t-il expliqué.
Médecins du Monde prévoit également de renforcer la mobilisation communautaire et de travailler avec le ministère de la Santé pour intégrer davantage les réponses liées aux VBG dans les services de santé primaire ainsi que dans les services de santé sexuelle et reproductive.
Des objectifs mesurables pour les prochaines années
Le projet MANONGA prévoit plusieurs résultats majeurs, notamment le renforcement de 80 organisations de la société civile, l’implication de 1 500 femmes dans les espaces de décision, la mobilisation de 240 hommes en faveur de la masculinité positive, ainsi que l’accompagnement de 200 couples modèles engagés pour des relations non violentes.
À cela s’ajoute la mobilisation de 80 leaders traditionnels, religieux et communautaires, considérés comme des acteurs clés pour faire évoluer durablement les comportements et les perceptions au sein des communautés.
À travers MANONGA, les partenaires espèrent contribuer à une société plus inclusive, où les droits des femmes et des filles sont mieux protégés et où chacun peut vivre sans violence ni discrimination.
Journal Madagascar



































































