Après deux heures de délibération, le jury de la Bourse Yavarhoussen–INHA a distingué trois lauréats ex æquo pour sa sixième édition. Un choix exceptionnel parmi les 16 candidatures reçues cette année, un record depuis la création de la bourse en 2021. Les candidatures ont été déposées par des étudiants et des chercheurs des États-Unis, du Canada, du Cameroun, de Madagascar et de France.
Les lauréats sont Ndranto Jacob Ranarivelo, Julie Rateau-Holbach et Armelle Malvoisin, récompensés pour des projets qui ambitionnent d’enrichir la connaissance de l’histoire de l’art et du patrimoine culturel malgaches.
La caricature malgache comme miroir de la société
Étudiant en master d’histoire à l’Université d’Antananarivo, Ndranto Jacob Ranarivelo a été récompensé pour son projet intitulé « La caricature malgache : de la presse imprimée à la satire numérique ».
Son étude retrace l’évolution de la caricature malgache, du dessin de presse à la satire numérique. Il propose d’explorer les formes présentes aussi bien dans la presse nationaliste des années 1940-1950 jusqu’aux réseaux sociaux contemporains et la façon dont la caricature commente l’actualité, critique le pouvoir et donne à voir les réalités sociales et politiques des Malgaches.
Pour mener son travail, le jeune chercheur exploitera les archives de la presse conservées aux Archives nationales de Madagascar ainsi que le fonds d’Elisé Ranarivelo, figure majeure du dessin de presse malgache et lauréat du Crayon d’Or en 1995.
Redonner un visage aux artisans malgaches des expositions coloniales
Docteure en histoire de l’art contemporain de l’Université d’Aix-Marseille, Julie Rateau-Holbach a été distinguée pour son projet consacré aux « Artisans et artistes malgaches aux expositions coloniales de Marseille (1906-1922) ».
Ses recherches portent sur les expositions coloniales de Marseille de 1906 et de 1922, qui constituent deux témoins exceptionnels de la création et de la production artistiques malgaches. Elles s’intéressent notamment aux acteurs de cette période (tisserands, chapelières, sculpteurs et peintres recrutés à Tananarive) dont les parcours demeurent encore largement méconnus. Le projet vise à croiser des fonds métropolitains déjà dépouillés avec, notamment, les Archives nationales de Madagascar à Antananarivo, dont la consultation requiert une mission de terrain. La recherche aboutira à un répertoire inédit des artisans malgaches présents à Marseille.
Une artiste pionnière de la modernité malgache
Le troisième projet récompensé est celui d’Armelle Malvoisin, intitulé « Victoire Ravelonanosy (1910-1981) : circulations artistiques, réappropriations culturelles et construction d’une modernité malgache ».
Ce projet de recherche va permettre une meilleure connaissance d’une artiste peu étudiée et, à travers son modèle, à une histoire de l’art attentive aux formes de modernité élaborées selon ses propres dynamiques, depuis Madagascar ou au nom de la culture malgache. Cette recherche, basée sur l’étude d’importants fonds d’archives localisés à Aix-en-Provence mais aussi à Madagascar et en Tunisie, se propose d’analyser la manière dont Victoire Ravelonanosy élabore une esthétique originale dans un contexte marqué par la fin de la période coloniale et les premières décennies de l’indépendance, en ouvrant de nouvelles voies d’expression et d’émancipation féminine.
Journaliste culturelle et commissaire d’exposition spécialisée dans l’art contemporain africain, Armelle Malvoisin poursuit aujourd’hui un master en histoire de l’art à l’Université Rennes 2 après trois décennies de carrière.
Une bourse dédiée à l’histoire de l’art malgache
Créée en 2021 par le Fonds Yavarhoussen, en partenariat avec l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), la Bourse Yavarhoussen a pour ambition de favoriser les recherches consacrées à l’histoire de l’art et du patrimoine de Madagascar.
Dotée d’un montant total de 17 000 euros, elle finance notamment les missions de terrain, les recherches dans les archives, l’étude des œuvres et les rencontres avec des artistes, historiens ou collectionneurs, à Madagascar comme à l’étranger.
À l’issue de leur année de recherche, les lauréats devront remettre un article scientifique d’une quinzaine de pages. Une journée d’étude consacrée à l’histoire de l’art de Madagascar est également prévue à l’INHA à la fin du mois de janvier 2027.
Le Fonds Yavarhoussen, fondé en 2019 par Hasnaine Yavarhoussen, soutient plusieurs initiatives en faveur de la valorisation de la création artistique et du patrimoine malgaches. Il est notamment à l’origine de Hakanto Contemporary, espace dédié à l’art contemporain malgache à Antananarivo, et avait accompagné la participation de Madagascar à la Biennale de Venise en 2019. Quant à l’INHA, il poursuit sa mission de soutien à la recherche en histoire de l’art et de promotion de la coopération scientifique internationale.
Recueillis par Journal Madagascar





































































