La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) réduit les ressources disponibles pour les populations locales et fragilise l’économie bleue. Face aux pertes économiques considérables et aux menaces qui pèsent sur les ressources halieutiques, Madagascar consolide sa coopération régionale, notamment à travers la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et son Centre régional de coordination pour le suivi, le contrôle et la surveillance des pêches (MCSCC).
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), les pertes mondiales liées à la pêche illicite s’élevaient à 24 milliards de dollars par an en 2018. En Afrique, elles sont estimées à 1,2 milliard de dollars, dont près de 500 millions pour les pays membres de la SADC.
À Madagascar, l’ONG Stop Illegal Fishing évaluait déjà en 2016 à environ 14 millions de dollars par an les pertes liées à ces pratiques frauduleuses.
Le MCSCC, pilier de la coordination régionale
Pour répondre à ces défis, la SADC a mis en place le Centre régional de coordination pour le suivi, le contrôle et la surveillance des pêches (MCSCC), un mécanisme régional destiné à harmoniser la lutte contre la pêche illégale. Son action repose sur trois axes principaux : la collecte et le partage d’informations entre États membres ; le renforcement des capacités humaines et institutionnelles ; la coordination des opérations et l’harmonisation des procédures à l’échelle régionale.
Le centre facilite l’échange rapide d’informations, l’analyse des risques et l’élaboration de rapports techniques, avec l’appui de partenaires tels que le World Wide Fund for Nature (WWF). Cette mutualisation permet d’identifier les tendances, d’anticiper les infractions et de prendre des décisions éclairées.
La coopération régionale s’est révélée déterminante dans plusieurs affaires de navires utilisant de faux documents, changeant d’identité ou dissimulant leur pavillon. Dans certains cas, des bateaux inspectés dans un pays ont pu être interceptés dans un autre grâce au partage d’informations au niveau régional.
En 2018, le bateau de pêche MCS 50, signalé à Madagascar et au Togo, opérait avec des documents entièrement falsifiés, notamment son immatriculation supposée au Togo. Inspecté au Mozambique, il avait réussi à prendre la fuite.
Grâce au partage d’informations via le Centre régional de coordination de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), les autorités malgaches ont pu confirmer la fraude documentaire et procéder à son interception, comme l’a indiqué la présentation lors du Dialogue régional sur la lutte contre la pêche illégale : engagements et actions de Madagascar à travers le Centre régional de coordination de la SADC pour le suivi, le contrôle et la surveillance des pêches (MCSCC).
Madagascar, un modèle pour la SADC dans la lutte contre la pêche illégale
« Madagascar a été un leader dans la lutte contre la pêche INN et nous recevons beaucoup d’enseignements de son expérience », souligne Kefi Shula Alexander, coordinateur du projet régional PROFISHBLUE de la SADC. Il rappelle que le pays dispose déjà d’un plan d’action national et que la SADC entend appuyer sa mise en œuvre, notamment à travers un nouveau projet régional.
Le 7 avril 2025, à Ampandrianomby, les autorités malgaches ont officiellement présenté le Plan d’Action National de lutte contre la pêche INN (PAN-INN 2025-2029), lors d’une session de dialogue sur la coopération régionale pour lutter plus efficacement contre la pêche illégale : engagements et actions de Madagascar par le biais du Centre régional de coordination de la SADC pour le suivi, le contrôle et la Surveillance des pêches (MCSCC).
Le ministre de la Pêche et de l’Économie bleue, Mahatante Tsimanaoraty Paubert, a rappelé les avancées enregistrées ces dernières années. « Il y a trois ans, nous ne disposions que de deux navires de surveillance. Aujourd’hui, nous en avons 23, et bientôt 25 », a-t-il déclaré. Madagascar met également à disposition le navire « Antsatsa », présenté comme le plus performant de la région SADC en matière de surveillance halieutique.
Parallèlement, le nombre d’inspecteurs des pêches est passé de 20 à 40, avec un objectif d’atteindre 100 agents afin de couvrir l’ensemble des districts côtiers. Des formations dédiées aux inspecteurs des pêches, visant à renforcer la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), ont été organisées du 2 au 5 avril 2025 à Antsiranana, dans le cadre du programme régional « Oceans Vigilance / Stop Illegal Fishing », soutenu par la SADC.
Des résultats encourageants
Selon le ministre, les efforts engagés depuis 2017 commencent à porter leurs fruits. Madagascar ne fait plus l’objet de critiques récurrentes dans la presse internationale concernant la pêche illégale. Les organisations régionales et internationales saluent les progrès accomplis.
Des études scientifiques confirment également une amélioration de l’état des stocks halieutiques dans certaines zones. Le retour du mérou dans la région de Nosy Be et la présence de spécimens de grande taille dans le nord-est du pays sont cités comme indicateurs encourageants.
La coopération régionale apparaît aujourd’hui comme un levier stratégique incontournable. En synchronisant les systèmes d’information, en harmonisant les procédures et en coordonnant les interventions, la SADC et ses États membres entendent renforcer l’efficacité de la lutte contre la pêche INN.
Madagascar, qui contribue activement au fonctionnement du dispositif régional, ambitionne désormais de consolider son rôle moteur au sein de la SADC et de poursuivre la mise en œuvre de son PAN-INN 2025-2029, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers.
Lynda A